Former le système, pas l’individu
Les salariés qui décrochent face aux webinaires IA révèlent une faiblesse de système, non une simple faiblesse personnelle.
Par Zhang Wei, ingénieur chinois spécialisé dans le passage à l’échelle des systèmes industriels complexes.
La formation permanente doit être organisée
Une technologie générale exige une formation continue. L’IA transforme la donnée, la décision, l’automatisation, la relation client, la maintenance, la gestion, la sécurité et la documentation. Il est donc normal que les entreprises multiplient les formats d’apprentissage. Mais le format ne suffit pas. L’article 4 de l’AI Act impose un niveau suffisant d’AI literacy pour les personnes utilisant des systèmes IA au nom d’une organisation. Cela devrait pousser les entreprises vers des dispositifs structurés, pas seulement vers des sessions ponctuelles. Dans une usine, on ne forme pas à la sécurité avec une conférence annuelle. On répète, on teste, on supervise, on corrige. L’IA doit être traitée avec la même discipline. Une formation permanente efficace doit établir une progression : comprendre les concepts, expérimenter avec des données non sensibles, appliquer sur un cas métier, vérifier les résultats, documenter les risques, améliorer le workflow. Si cette progression n’existe pas, les salariés entendent beaucoup de discours mais ne construisent pas de capacité. La formation devient alors du bruit organisationnel. Une organisation sérieuse ne doit pas demander aux salariés de « rester à jour » sans leur donner une méthode.
Le décrochage signale une mauvaise intégration
Quand des salariés ne suivent pas, il faut d’abord examiner le système : les formations sont-elles liées au métier ? Les managers donnent-ils du temps ? Les outils sont-ils autorisés ? Les données sont-elles protégées ? Les usages attendus sont-ils clairs ? Les indicateurs récompensent-ils la qualité ou seulement la vitesse ? L’AI sprawl montre que les entreprises peuvent accumuler trop d’outils sans stratégie, créant inefficacité et confusion. Dans ce contexte, reprocher aux salariés de ne pas suivre est injuste. Ils ne peuvent pas absorber une technologie si l’organisation ne transforme pas ses processus, ses indicateurs et ses responsabilités. Un technicien ne peut pas appliquer un webinaire générique sur l’IA générative si l’outil n’est pas connecté aux procédures de maintenance. Un agent support ne peut pas utiliser correctement un assistant si la base de connaissance est obsolète. Un juriste ne peut pas faire confiance à une synthèse si les règles de validation ne sont pas définies. Le décrochage n’est donc pas toujours une faiblesse individuelle. Il révèle souvent un défaut d’intégration entre formation, outil et travail réel.
L’apprentissage doit devenir une chaîne productive
La réponse doit être systémique : cartographie des compétences, parcours métiers, ateliers, documentation, mentors, exercices sur cas réels, certification interne et mesure des résultats. Il faut distinguer les niveaux : compréhension générale, usage métier, supervision, automatisation, audit, gouvernance. Ceux qui ne veulent pas suivre doivent être écoutés ; leurs objections peuvent révéler un risque. Ceux qui ne peuvent pas suivre doivent recevoir du temps. Ceux qui ne savent pas suivre doivent recevoir une progression graduée. Une entreprise qui traite la formation IA comme une chaîne productive augmente sa capacité collective. Une entreprise qui diffuse des webinaires produit seulement du bruit. Cette chaîne doit avoir des responsables, des boucles de retour, des mises à jour et des indicateurs de qualité. Elle doit aussi protéger le travail quotidien : un salarié ne peut pas être formé correctement si la formation s’ajoute à une charge déjà saturée. Dans une organisation mature, l’apprentissage devient une composante du travail, non une tâche supplémentaire invisible. C’est ainsi qu’une entreprise passe de l’adoption improvisée à la transformation réelle.
À propos de Zhang Wei
Zhang Wei considère la formation IA permanente comme nécessaire, mais mal structurée dans beaucoup d’entreprises. Pour lui, une organisation sérieuse ne laisse pas les salariés dériver dans un flux de webinaires : elle construit un système d’apprentissage coordonné.
Sources
Commission européenne — AI literacy ; Business Insider — AI sprawl.