Derrière le méga-data center de Meta, un montage en dette qui interroge

Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro
La construction du gigantesque data center « Hyperion » de Meta, estimé à environ 27 milliards de dollars, constitue l’une des opérations les plus ambitieuses du secteur technologique. Mais ce n’est pas seulement sa taille qui interpelle, c’est surtout son montage financier, fondé quasi exclusivement sur de la dette, qui n’est pas de la dette classique portée directement par Meta. L’entreprise a opté pour un schéma sophistiqué, en créant une joint-venture avec Blue Owl Capital, fonds spécialisé dans le financement d’infrastructures. Cette structure ad hoc, un véritable SPV (Special Purpose Vehicle), porte 80 % de Blue Owl et 20 % de Meta, et c’est cette structure, et non Meta, qui émettra les 27 milliards de dollars d’obligations pour financer l’intégralité du projet.
Ce modèle, de plus en plus répandu dans les infrastructures cloud et IA, permet à Meta de ne pas alourdir son bilan et de préserver ses ratios d’endettement. La dette est donc économiquement réelle, mais juridiquement inexistante, logée hors du périmètre traditionnel du groupe. En contrepartie, Meta s’engage à louer et exploiter l’ensemble du campus une fois livré, c’est-à-dire que les loyers qu’elle paiera à la joint-venture serviront à rémunérer les investisseurs obligataires et à rembourser la dette. Autrement dit, les flux futurs de Meta deviennent la garantie implicite du financement.
Ce montage présente plusieurs avantages stratégiques. Il sécurise un financement massif sans toucher à la trésorerie de Meta, déjà mobilisée par les investissements colossaux dans l’IA générative. Par ailleurs, il transfère une partie du risque financier vers les investisseurs institutionnels séduits par la perspective de rendements stables. Il offre également une souplesse comptable que Meta n’aurait pas eue avec une dette consolidée.
Mais cet arrangement n’est pas exempt de critiques. Meta demeure l’acteur économique central du projet. Si la demande en IA devait ralentir ou si les coûts d’exploitation s’emballaient, ce sont les loyers de Meta qui seraient sous pression, et in fine la stabilité du montage. L’utilisation d’une structure hors bilan soulève aussi des interrogations sur la transparence du levier financier réel du groupe, un débat récurrent lorsque les multinationales externalisent leurs engagements futurs.
En définitive, Meta repousse les limites, mais au prix d’une complexité qui pourrait devenir un sujet pour les marchés. Meta Platforms a d’ailleurs perdu -18% depuis ses sommets du mois de septembre.



