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IA et énergie : transformer une interdépendance en capacité de décision

 Le Hub France IA et l’Institut G9+ publient, avec ILExpansions, l’étude « IA et énergie : transformer une interdépendance en capacité de décision ». 

Fondée sur plus de cinquante entretiens avec des acteurs de l’énergie, du numérique, de l’industrie, des infrastructures, de la régulation et des territoires tels que RTE, Enedis, EDF, Engie, OVHcloud, Docaposte, Bull, ADEME, ARCEP… l’étude relie des sujets encore trop souvent traités séparément : IA, data centers, énergie, souveraineté, frugalité, usages et décisions d’investissement. 

Ce rapport nous met face à des questions que nous devons désormais instruire:  que faut-il réellement arbitrer avant de déployer davantage d’IA ? Quelles IA voulons-nous rendre possibles, avec quelles ressources, quelles dépendances et pour quelle valeur ?

Le rapport complet est disponible ici 

«  L’IA et l’énergie forment un système d’interdépendances dans lequel les choix d’infrastructure, d’usage, de souveraineté et de performance créent à la fois de la valeur, des dépendances et des vulnérabilités. Que signifient alors réellement les gigawatts annoncés pour les data centers? Jusqu’où accepter une dépendance technologique ou vis-à-vis d’un fournisseur ? Quand la frugalité devient-elle un enjeu de coût, de robustesse et de souveraineté ? », précise Ana Semedo, autrice du rapport, membre du G9+ et Managing Partner d’ILExpansions. 

Le rapport apporte aussi à chacun les clés pour comprendre les notions, contraintes et arbitrages des autres mondes concernés – énergie, numérique, infrastructures, territoires et organisations. 

Quatre enseignements pour instruire les choix IA-énergie

1. Transformer l’avantage français en capacité de choix. La France dispose d’un mix électrique largement décarboné et d’un réseau robuste. Ces atouts peuvent soutenir une trajectoire maîtrisée, ou, à l’inverse, faire de la France un territoire d’accueil d’une demande numérique décidée ailleurs, pour une valeur captée ailleurs. 

Pour une capacité électrique précieuse et limitée, les demandes de raccordement mettent en concurrence des projets de maturité, d’usages, de retombées et de dépendances très différents. Le raccordement devient alors un instrument d’instruction : il ne s’agit plus seulement de savoir si un projet peut être raccordé, mais d’apprécier ce qu’il engage et ce qu’il rend possible. 

Selon RTE, huit data centers raccordés au réseau de transport depuis 2016 représentaient 800 MW contractualisés, pour un maximum de 120 MW appelés fin 2024, soit environ 15 %. Cet écart invite à distinguer puissance contractualisée, puissance appelée et trajectoire réelle des projets. 

2. Faire de la frugalité une convergence organisée de contraintes

Dans les organisations, la frugalité devient concrète lorsque se rencontrent des contraintes de coût, de latence, de sécurité des données, d’infrastructure, de disponibilité des ressources ou de dépendance aux fournisseurs. Elle devient alors une discipline à organiser plutôt qu’un supplément d’âme. 

Le rapport propose une frugalité pragmatique – discipline d’action qui part de l’usage, engage les acteurs et suppose de choisir ou de créer ce qui mérite réellement d’être déployé, avec une vision systémique de ce que cela implique en matière de performance, de ressources, de dépendances et de conditions d’exploitation. Inscrite dans le temps et nourrie par un apprentissage collectif, elle peut devenir une source de performance et de capacité d’innovation spécifique et durable. 

3. Instruire la souveraineté dans un système d’interdépendances, au-delà de l’adresse

La souveraineté ne se résume ni à une localisation ni à une nationalité : elle se joue dans un système d’interdépendances technologiques, économiques, juridiques, organisationnelles et humaines, dont il faut connaître les vulnérabilités. Le point décisif est la capacité à maîtriser les dépendances critiques, à préserver des alternatives et à conserver une marge de manœuvre, notamment par des capacités de substitution et de sortie. 

Le rapport propose ainsi d’instruire la souveraineté par couches : localisation et droit, contrôle et opérateurs, clients et usages, données et modèles, logiciels et cloud, équipements et puces, interconnexions, jusqu’à la valeur territoriale et à la maîtrise de la trajectoire. Un data center ou un service IA peut ainsi être localisé en France tout en conservant des dépendances importantes sur plusieurs couches. 

4. Faire de l’énergie un test de l’utilité réelle de l’IA

Dans les systèmes énergétiques, les usages les plus utiles ne sont pas nécessairement les plus spectaculaires : prévision, optimisation, détection d’anomalies, aide à l’exploitation. Leur valeur dépend du choix pertinent du problème à traiter, du niveau d’IA réellement nécessaire, de leur intégration dans les processus, de la qualité des données et de leur performance réelle en exploitation. 

L’énergie devient ainsi un test de vérité pour l’IA : au-delà de la performance technique d’un modèle, il faut apprécier si le système déployé produit effectivement une valeur justifiant les ressources qu’il mobilise. 

Douze chapitres, de l’infrastructure à la décision

PARTIE I – L’IA cliente de l’énergie : anatomie d’une demande

  1. Derrière l’IA, l’infrastructure
  2. Le raccordement : test de réalité des projets IA
  3. Le territoire : là où l’attractivité devient négociation
  4. Localiser ne suffit pas 

PARTIE II – La frugalité : reprendre la main sur la demande IA

  1. L’IA frugale : consommer juste
  2. Rendre l’inférence visible : condition de toute frugalité
  3. Industrialiser la frugalité : ce qui ne se fera pas par bonne volonté 

PARTIE III – L’IA au service des systèmes énergétiques : des gains réels, sous conditions de preuve opérationnelle

  1. Quand l’IA devient utile : intégration métier, robustesse et résistances
  2. Là où l’IA produit déjà des gains mesurables
  3. Passer de la promesse à la preuve 

PARTIE IV – Choisir avant de subir : les fondations d’un raisonnement durable

  1. Les angles morts qui peuvent transformer l’avantage français en passif
  2. Accueillir sans subir : instrumenter la décision IA-énergie, sept recommandations qui visent à organiser une décision multi-échelles et multi-acteurs, suffisamment robuste pour engager des ressources aujourd’hui sans transformer les choix d’aujourd’hui en dépendances irréversibles demain. 

Méthodologie

Le rapport croise les entretiens avec l’analyse de publications et de données récentes. Les verbatims sont mobilisés pour éclairer des pratiques, des tensions ou des arbitrages. Le rapport distingue les données issues de sources publiées des informations recueillies lors des entretiens, ces dernières étant mobilisées pour éclairer des pratiques, des tendances ou des ordres de grandeur lorsqu’elles ne peuvent être corroborées par une source publiée. 

Des outils d’intelligence artificielle ont été utilisés pour assister certaines tâches de recherche et de structuration. L’architecture du rapport, les analyses, la sélection et la vérification des sources ainsi que la rédaction relèvent de l’autrice. Le rapport a également bénéficié de relectures expertes couvrant l’IA, l’énergie et les réseaux électriques, les data centers, la souveraineté, la frugalité et les territoires.  

L’autrice

Ana Semedo a cofondé en 2018 ILExpansions, cabinet de conseil en stratégie IA. Ingénieure des Mines Paris et titulaire d’un Executive MBA d’HEC Paris, elle travaille à l’intersection du numérique, de l’énergie, de la stratégie et de l’organisation des entreprises. Cette expérience transversale structure son approche des transformations liées à l’IA.

Membre du Hub France IA, responsable du cycle IA de l’Institut G9+ et membre de la commission de normalisation IA de l’AFNOR, elle a conçu et rédigé le rapport « Green AI & AI for Green » en 2024 et contribue également à différents travaux consacrés à l’IA frugale, dont l’AFNOR SPEC IA frugale. 

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