
Meta, explore la possibilité d’une présence numérique persistante, même après la mort.
Fin décembre, l’entreprise a obtenu un brevet décrivant un système d’intelligence artificielle capable de simuler l’activité d’un utilisateur sur les réseaux sociaux, y compris lorsqu’il est absent ou décédé.
Une IA capable d’imiter votre comportement en ligne
Le brevet détaille l’utilisation d’un grand modèle de langage (LLM) destiné à reproduire le comportement numérique d’un utilisateur. Concrètement, l’intelligence artificielle pourrait interagir sur les plateformes sociales en publiant, en commentant, en aimant des contenus ou en répondant à des messages privés comme si la personne était toujours active.
Le système serait conçu pour fonctionner lorsque l’utilisateur est temporairement absent — par exemple lors d’une pause prolongée — mais également dans l’hypothèse d’un décès.
L’entreprise précise toutefois qu’un brevet ne signifie pas nécessairement la mise en œuvre ou le lancement d’un produit commercial.
Maintenir l’expérience utilisateur malgré l’absence
Selon les éléments présentés par Meta, l’absence d’un utilisateur peut avoir un impact sur l’expérience de son entourage numérique. Lorsqu’une personne cesse de publier ou d’interagir, son réseau peut ressentir un vide, particulièrement si cette absence est définitive, ce qui paraît cohérent …
Pour répondre à cette situation, Meta envisagerait de créer un clone numérique alimenté par les données historiques de l’utilisateur : publications, commentaires, mentions « J’aime », échanges passés et habitudes d’interaction. L’objectif serait de modéliser son style et ses comportements afin de reproduire une présence cohérente … même depuis l’autre monde.
Un tel outil pourrait également présenter un intérêt pour les créateurs de contenu et les professionnels dépendants des plateformes sociales, en leur permettant de maintenir une activité en cas d’absence prolongée. (Attention, risque de week-ends prolongés pour les influenceurs et créateurs de contenus).
Le brevet évoque par ailleurs la possibilité de simuler des interactions plus avancées, telles que des appels vidéo ou audio générés par intelligence artificielle, donc pourquoi continuer à exister, n’est ce pas?
Une technologie digne d’une dystopie ?
Si l’idée d’un assistant numérique prenant temporairement le relais peut sembler pragmatique, la reproduction de la présence d’une personne décédée ouvre un champ de questionnements extrêmement sensibles.

Les enjeux concernent notamment le consentement, la gestion des données après la mort, la propriété des contenus numériques et l’impact psychologique sur les proches. La frontière entre hommage numérique et simulation artificielle d’une présence peut s’avérer délicate et certainement destructrice dans la majorité des cas pour ceux-ci.
L’essor de la « grief tech »
Le brevet s’inscrit dans un mouvement plus large souvent qualifié de « grief tech », un secteur technologique centré sur la gestion du deuil et des héritages numériques.
Depuis plusieurs années, des solutions permettent déjà de désigner des contacts chargés de gérer un compte après un décès. D’autres initiatives visent à recréer des interactions numériques à partir de données passées afin de prolonger symboliquement une présence.
Plusieurs entreprises technologiques ont exploré cette voie, notamment à travers des chatbots capables d’imiter la personnalité ou le style d’un individu à partir de ses données numériques.
Cette dynamique témoigne-t-il d’un intérêt croissant pour la gestion post-mortem des identités numériques, alors que notre vie sociale se déploie de plus en plus en ligne? Réponse dans les prochains épisodes.
Entre soutien émotionnel et logique d’engagement
Au-delà de la dimension émotionnelle, cette innovation potentielle soulève également des questions économiques et stratégiques. Maintenir des comptes actifs, même en cas d’absence, pourrait favoriser l’engagement, la production de contenu et l’exploitation continue des données. Car, tant qu’on peut faire du cash, on est bon.
Des interrogations pratiques demeurent :
Le système serait-il déployé sur l’ensemble des applications du groupe ?
L’intelligence artificielle serait-elle capable d’adapter le ton et le style en fonction des différents contextes d’usage ?
Au cœur du débat se trouve une réflexion plus profonde sur le rapport entre technologie et finitude. La possibilité de recréer artificiellement une présence interroge la manière dont les sociétés contemporaines conçoivent le deuil et la mémoire.
À mesure que l’intelligence artificielle progresse, la distinction entre souvenir numérique et simulation active pourrait devenir de plus en plus floue.
Même si le brevet de Meta ne marque pas nécessairement l’arrivée imminente d’un tel service, il témoigne néanmoins d’une évolution technologique majeure : celle d’une identité numérique qui singerait une véritable identité spirituelle humaine en la rendant inhumaine et chaotique pour les proches.
Par Navidh Mansoor

