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Souveraineté numérique : 88 % des agents publics n’en font pas une priorité

L’argument souverain ne suffit pas à emporter l’adhésion et la domination de Microsoft persiste

L’étude met en lumière un paradoxe fort : alors que la souveraineté numérique est un enjeu stratégique largement partagé, ni les utilisateurs, ni les organisations, ni le marché ne sont aujourd’hui pleinement prêts à une sortie maîtrisée de Microsoft. Sans réinvestissement sur les fonctions socles, sans vision UX partagée et sans maîtrise des coûts d’hybridation, les projets de souveraineté risquent de rester au stade de l’intention.

L’enquête Ipsos réalisée pour Lecko, remonte que seuls 12% des agents attendent que leur administration privilégie la souveraineté dans l’évolution de leurs outils numériques de travail. L’analyse des solutions du marché et des retours d’expérience étudiés par Lecko, montre que trois sujets clefs doivent être ré-investis pour assurer l’autonomie des environnements de travail : sortir de la stratégie consistant à copier Microsoft y compris ses erreurs, mutualiser l’UX des interfaces et Design System plutôt que les solutions, réduire le coût de l’hybridation pour tenir compte des contraintes budgétaires.La souveraineté est secondaire pour les agents

L’étude rappelle la domination écrasante de Microsoft sur les environnements numériques de travail. Aujourd’hui, 75 % des organisations de plus de 250 collaborateurs sont équipées de solutions Microsoft, selon cette étude.Plusieurs collectivités  comme la Région Occitanie, la Ville de Marseille, Chamonix, Grenoble, Lyon  sont en train d’abandonner progressivement les suites logicielles américaines au profit de solutions libres et open source mais elles sont peu nombreuses.

Malgré les débats récurrents sur la souveraineté numérique, seuls 12 % des agents interrogés attendent explicitement que leur administration privilégie ce critère dans l’évolution de leurs outils de travail. Ce faible niveau d’attente interroge la maturité du sujet côté utilisateurs, mais aussi la capacité des organisations à porter une vision alternative crédible.

Un retard structurel des alternatives et une dépendance installéeL’étude souligne que, depuis près de vingt ans, les solutions alternatives ont largement désinvesti les fonctions socles de l’environnement de travail : messagerie, gestion des identités, bureautique.
Cette situation a plusieurs conséquences structurantes :un retard de maturité de l’offre alternative face à l’intégration fonctionnelle des solutions Microsoft ;une spécialisation croissante des compétences techniques des administrations et grandes organisations sur les technologies Microsoft ; une dépendance de nombreuses applications métiers à l’infrastructure Microsoft, rendant toute trajectoire de sortie plus complexe.

À cela s’ajoute une hétérogénéité des interfaces et une qualité d’UX en deçà des standards actuels, qui dégradent l’expérience utilisateur et freinent l’adoption de solutions alternatives.

Enfin, la stratégie commerciale de Microsoft – fondée sur l’intégration, la montée en gamme et la dépendance fonctionnelle – rend toute sortie progressive à la fois coûteuse et difficile à piloter.
Trois leviers clés pour libérer les environnements de travail

Face à ces constats, l’étude identifie trois volets d’actions déterminants pour corriger les faiblesses qui menacent la réussite des projets de souveraineté numérique.

1. Sortir de l’impasse du “Microsoft générique”Plutôt que de chercher à reproduire un environnement Microsoft équivalent, l’étude invite à repenser l’environnement de travail à partir du contexte réel des organisations.

L’objectif est de tirer parti des limites actuelles – empilement technologique, chevauchements fonctionnels, dérives d’usages – pour bâtir une cible d’évolution cohérente, différenciante et attractive, alignée sur les besoins métiers et les contraintes budgétaires.
2. Mutualiser l’expérience utilisateur plutôt que les solutionsL’étude recommande de focaliser l’action publique sur la définition d’un Design System commun pour l’administration, à l’image du Système de Design de l’État (DSFR) pour les sites web publics.

Ce levier permettrait :d’harmoniser l’expérience utilisateur entre les solutions du marché ;de réduire la fragmentation des interfaces ;de garantir une cohérence durable, indépendamment des éditeurs retenus.

3. Réduire le coût de l’hybridation par le choix de la bonne trajectoireL’environnement de travail repose sur un empilement de couches technologiques (infrastructure → gestion des identités → systèmes d’exploitation → sécurité → messagerie → bureautique → visio / chat → collaboratif → intranet / GED).
Cartographie des solutions alternatives à l’environnement travail MicrosoftRemplacer les couches supérieures (bureautique, visio/chat, collaboratif) en conservant les couches inférieures (infrastructure, gestion des identités, systèmes d’exploitation, sécurité, messagerie) sur des technologies Microsoft ne permet pas de faire d’économie financière et au contraire augmente le coût, le double ou plus encore. A l’inverse, commencer par le remplacement des couches inférieures permet une démarche progressive. Recentrer l’usage de Microsoft 365 sur les fonctions de base (mail, OneDrive, Teams) et sortir des solutions de collaboration avancées crée une période de transition pour les utilisateurs.

Cette trajectoire doit s’accompagner du développement d’un écosystème local de compétences et d’offres, en s’appuyant notamment sur les ESN et les data centers, afin de sécuriser les projets dans la durée. Les organisations doivent supporter les surcoûts liés au maintien de plusieurs environnements lors de la transition.

« Cette étude montre que la souveraineté numérique ne se décrète pas : elle se construit. Tant que les organisations chercheront à reproduire Microsoft plutôt qu’à repenser leurs environnements de travail, elles resteront dépendantes, techniquement et économiquement. La souveraineté passe par un réinvestissement des fonctions socles, une expérience utilisateur mutualisée et lisible pour les agents, et des trajectoires de sortie réalistes, compatibles avec les contraintes budgétaires. Sans cela, le débat restera idéologique et les projets n’iront pas au-delà de l’intention. » Bastien Le Lann, associé chez Lecko

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